Des Natures

Du 17 février au 19 juin 2022

 

« On ne peut vaincre la nature qu’en lui obéissant »
Francis Bacon, le philosophe

 

De quelle nature est notre relation à la nature? Pas un seul jour sans que les médias, les forums, les réseaux sociaux ne brandissent les bannières du changement climatique, exhortant à une responsabilité écologique citoyenne sinon attention, ça va vraiment chauffer.

 

Au centre toujours l’humanité, autour toujours la nature.
Jamais vraiment ensemble. Paradoxe éternel, l’humain exploiteur de cette terre d’abondance pour sa subsistance, tout en programmant sa propre perte. « La nature se suffit » disait le philosophe Hegel, les scientifiques d’aujourd’hui affirment qu’il suffira de 1000 ans sans nous, pour que la terre reprenne son souffle.

 

Des Natures, un titre à double tranchant

Des natures, pluralité des regards sur la nature, altérité.
Dénature: trahison, pollution, distorsion, altération.

 

De quoi prendre la mesure d’une complexité fondamentale. Sans doute beaucoup plus fertile que désespérante. L’occasion aussi peut-être de distinguer la nature du paysage, paysage imprégnant l’inconscient collectif occidental qui le confond avec la nature, « pays sage », comme l’écrit Rabelais l’humaniste dans Gargantua, un paysage peigné par l’homme, un grand jardin aménagé pour lui, évacuant la menace et l’indomptabilité de la nature à l’état de nature.

 

L’exposition Des Natures donnera la parole à des artistes qui intègrent cette complexité, sans la nier, la contourner, l’enjoliver, au contraire embrassant tout ce qui la compose pour alimenter et questionner leur processus créatif.

 

Les fusains virtuoses de Charles Coturel jouent à la perfection une réalité visible immédiatement reconnaissable. De ces végétaux, ces forêts dessinés avec une pointe de bois calciné se dégagent des fumeroles délétères et oppressantes; serions-nous arrivés à bout touchant de l’illusion du paysage ?

 

Anaëlle Clot observe, contemple, elle repère en forêt les mousses, lichens et petits champignons qui se développent sur les troncs, les feuilles mortes, les roches. Un bois dit mort grouille de vie. Un monde en contient toujours un autre. En découlent ces dessins où se développent des micros-mondes, jardins suspendus, partition du vivant et de l’infiniment petit. Dans les deux cas c’est une ode au «petit» et à la beauté du monde vivant. Parce que s’émerveiller c’est résister.

 

Pauline Julier proposera un film, troisième volet dédié à ses histoires naturelles, après Naturalis Historiae et Way Beyond. Creusant les relations de l’être humain à son environnement, elle crée de nouvelles formes pour rapporter des récits, activer d’autres histoires. Dans Là où commence le ciel, il sera question d’astrophysique, des morts, des droits de la Nature et de notre lien au futur.

 

Robert Torche est un designer sonore, un compositeur. A partir des bandes sons enregistrées dans les années 80 par Bruno Manser dans la forêt de Bornéo, il reconstitue une bande-son fantôme de ces forêts aujourd’hui en grande partie disparues.

 

L’exposition Des Natures proposera aussi un entourage d’événements autour des questions du climat, de la nature, de l’avenir. Ateliers, conférences, concerts, films seront au programme.

 

Florence Grivel, co-commissaire d’exposition


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