EXPOSITION

Émilienne Farny

12.10–16.12.2018

ÉMILIENNE FARNY
Vernissage le 11 octobre 2018 à 18h
Entrée libre

L’œuvre d’Émilienne Farny, excite la curiosité, si ce n’est la ferveur, elle est fascinante, problématique, provocatrice à bien des égards, elle conjugue vision critique et vision éprise, maîtrise technique et insolence du regard.

Émilienne Farny (1938-2014) a toujours pris le parti de la réalité. De peinture en peinture et de série en série, elle s’est obstinément consacrée à ce qu’elle avait sous les yeux : Paris en chantier, où elle a habité une quinzaine d’années, puis les villas cossues et les paysages aseptisés de la Suisse, les rives bétonnées du lac Léman, les décors urbains avec graff, publicité, parkings, sous-voie, fenêtres sur cour, bancs et trottoirs, etc., ainsi que son univers de peintre, ateliers et vernissages. S’il fallait lui trouver un apparentement, ce serait avec Vallotton, Hopper, Szafran, c’est-à-dire des peintres qui nous laissent dans l’incertitude quant au mode d’emploi de leurs œuvres.

Alors que le mot d’ordre esthétique est à la répudiation du savoir-faire pictural, Émilienne Farny cultive une technique rigoureuse et raffinée, bien propre à accentuer la présence et l’énigme de ce que nous avons quotidiennement sous les yeux et que par conséquent nous cessons de percevoir. On l’a vue célébrer aussi bien le bonheur suisse que le bonheur tout court, ou l’indétermination des choses — célébration suspecte, sans doute, à propos de laquelle un commentateur a pu parler de « perversité parallèle ».

L’ironie qu’on pourrait déceler dans ses descriptions minutieuses est contrebalancée par la ferveur technique et par une véritable passion du regard. « Le vrai mystère du monde est le visible, et non l’invisible », a dit Oscar Wilde. Ainsi Émilienne Farny est hyper-attentive à la stratégie des apparences, se faisant un plaisir, malin ou non, d’intensifier l’ambiguïté des choses, avant que les mots ne viennent définir et trancher brutalement dans le sens de l’approbation ou de la dénonciation. Dans un contexte audio-visuel plus manipulateur que jamais, elle se plaît à défier l’interprétation, et elle nous réapprend à voir. La morale de l’image, pour elle, c’est de n’en pas avoir, de rester fragmentaire, indéchirable, en suspens, telle que nulle signification ne l’emporte.

« En deux mots : ma peinture est réaliste. Le thème, dans ces années 2000, est devenu urbain : affiches, graffitis, impasses, ce que personne ne regarde. Je viens de la peinture américaine, Lichtenstein, Wesselmann, Andy Warhol, etc., de la littérature américaine, Brautigan, Dashiell, Hammett, du cinéma : arrêt sur image, cadrage, radicalité. »
Émilienne Farny

Commissaire d’exposition, Michel Thévoz